Le capitalisme vert : une grande illusion

„Vous parlez d’une croissance économique verte et éternelle… vous parlez juste de continuer avec les mêmes mauvaises idées qui nous ont mené-e-s à cette crise.“ Les paroles de Greta Thunberg, 15 ans, prononcées il y a moins d’un mois, ont poussé des milliers d’écolier-ère-s dans la rue. Ils/Elles n’acceptent plus que   notre vie en société soit toujours plus menacée de destruction.

Cette lucidité n’a pas encore atteint les dirigeants de ce monde. Derrière cela, il n’y a pas que l’ignorance ; au contraire, c’est avant tout un calcul : „ne changeons rien“ est la réponse de ceux qui profitent de ce fameux „ne changeons rien“. Le capitalisme vert est la réponse de ceux qui profitent d’un capitalisme qui demeure destructeur quelle que soit la couleur qui le couvre. L’exploitation et la destruction de notre planète permettent chaque année à ce que des milliards aillent dans les poches des plus riches ; nous vivons dans un système où il est rentable pour les propriétaires d’entreprises d’économiser en ne respectant pas l’environnement. Les coûts réels de notre système économique et de notre mode de vie restent pour nous souvent invisibles parce qu’ils sont transférés vers le Sud global et menacent également l’avenir de la planète à cause de la pollution et de l’exploitation des ressources naturelles. Mais ce processus dévastateur devient de plus en plus visible, mais ses ressentis poussent et pousseront toujours plus vers davantage d’inégalité.

La catastrophe climatique menace de frapper plus durement celles et ceux qui sont le moins impliqué-e-s dans la destruction de notre environnement : les plus pauvres de notre monde et toutes les générations futures. L’élévation du niveau de la mer menace des centaines de millions de personnes de se mettre sur les routes de l’exil. Ce ne sont pas les millionnaires de la côte dorée de l’arc lémanique, mais les gens du Sud qui souffrent déjà le plus de l’exploitation économique.

Nous ne pourrons pas éviter la catastrophe climatique tant que ceux qui sont aux commandes profiteront de l’exploitation de l’environnement. Il est donc grand temps que nous prenions en main les leviers du pouvoir et que nous choisissions ensemble l’économie que nous voulons. Ce n’est que lorsque nous étendrons la démocratie au domaine économique que les besoins de tous les peuples seront pris en compte.

Le système économique actuel dépend d’une croissance infinie. Pour se maintenir en vie, il a besoin que le capital investi soit toujours plus rentable. Il y a deux façons d’y parvenir : en aggravant les conditions de travail des salarié-e-s pour qu’une plus grande partie du capital puisse être accumulée, ou en augmentant la productivité. En d’autres termes, le capital souhaite agrandir sa part du gâteau à chaque fois que la croissance augmente. Aujourd’hui, la main-d’œuvre salariée est déjà en train d’être poussée à bout dans son exploitation. La seule voie qui reste à suivre est par conséquent une croissance économique constante.

Mais la croissance infinie n’est tout simplement pas possible dans un monde aux ressources limitées.

Pour mettre fin à la catastrophe environnementale, nous devons nous libérer de la contrainte de la croissance et surmonter le système capitaliste qui lui est mécaniquement lié.

Nos mesures de lutte contre le changement climatique doivent toujours garder en ligne de mire l’ensemble des rapports de force présents, et ce afin de les transformer. La lutte contre le changement climatique va donc de pair avec la lutte pour plus de démocratie et de justice dans tous les domaines de la vie. Si nous ignorons cela, nous nous perdons dans de fausses solutions technocratiques qui ne suffiront pas à arrêter la catastrophe environnementale imminente.

Une étape importante pour résoudre la crise climatique est de cesser immédiatement les investissements dans les énergies fossiles. La Suisse, en tant que place financière incontournable mondialement, a une responsabilité majeure à cet égard.

Une autre mesure centrale serait une réduction du temps de travail. La semaine de 25 heures permet non seulement de garantir que les gains de productivité profitent enfin à la population active et que le travail domestique non rémunéré puisse être réparti équitablement. C’est également un instrument important pour mettre fin à la crise climatique ; la réduction du temps de travail s’accompagne d’une diminution de la production et d’un changement fondamental des habitudes de consommation. Même une réduction annuelle de 0,5 % du temps de travail d’ici 2100 permettrait d’éviter la moitié du réchauffement climatique futur !

Dans le même temps, cela reste clair pour nous : pour mettre un terme une fois pour toutes à la catastrophe climatique, nous avons besoin d’un changement fondamental dans notre ordre social et notre système économique. Sortons de la logique capitaliste du profit, allons vers un monde où le bon-vivre pour toutes et tous est au centre.

Pour revendiquer ce monde, nous manifesterons cette année au World Economic Forum. Jusqu’à ce que les dirigeants abandonnent leur plan destructeur de ne rien changer et de garder les mêmes idées que celles qui nous ont menés dans cette crise, nous serons si bruyant-e-s qu’ils ne pourront pas nous ignorer.  La réponse à la destruction capitaliste de l’environnement ne peut être trouvée dans le capitalisme, mais dans un changement de système.

 

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